Journée panafricaine de la femme 2026 : entre avancées symboliques et inégalités persistantes
Voir le communiqué de presse à l’occasion de la « Journée panafricaine de la femme »

Chaque 31 juillet, le continent africain célèbre la Journée internationale de la femme africaine, instituée en 1974 lors du premier congrès de l’Organisation panafricaine des femmes (OPF) à Dakar, en écho à la Conférence des femmes africaines réunie à Dar es-Salaam en 1962. Plus de soixante ans après, cette date reste un double rendez-vous : celui de la mémoire des luttes de libération, et celui d’un bilan sur des inégalités persistantes en politique, en économie et dans les processus de paix.
L’édition 2026 est placée par l’OPF sous le thème de l’accès durable à l’eau et à l’assainissement pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine — un choix qui rappelle que l’autonomisation des femmes reste indissociable des enjeux de développement les plus concrets. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples lui a d’ailleurs consacré, ce 31 juillet, un communiqué séparé sur la place des femmes dans la gouvernance de l’eau.
Politique : des avancées réelles, une parité encore loin
La représentation des femmes dans les instances élues africaines s’est nettement améliorée depuis les années 1990, sans pour autant atteindre l’égalité. Un baromètre continental situait à 24 % la part des femmes parmi les plus de 12 000 parlementaires africains, avec 25 % dans les chambres basses et seulement 20 % dans les chambres hautes. Les collectivités locales, souvent présentées comme un tremplin pour les femmes en politique, ne comptent que 21 % de conseillères dans les pays où des données existent.
Les écarts entre pays restent considérables. Le Rwanda demeure la référence mondiale, avec un Parlement composé à 61-64 % de femmes. À l’inverse, le Nigeria figure parmi les plus mauvais élèves du classement continental de l’Union interparlementaire. Au niveau mondial, les données les plus récentes (janvier 2026) montrent que seuls 28 pays sont dirigés par une femme cheffe d’État ou de gouvernement, que 101 pays n’ont jamais connu de dirigeante, et que la proportion de femmes présidant un parlement a même reculé, à 19,9 %, pour la première fois en vingt ans.
En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la représentation parlementaire féminine reste la plus faible au monde, à 16,2 % en moyenne.
Des avancées nationales illustrent toutefois qu’un changement rapide est possible lorsque des mécanismes contraignants sont mis en place. Le Bénin, qui n’avait jamais dépassé 10 % de femmes élues avant 2023, a bondi à près de 26 % après l’instauration d’un quota constitutionnel de sièges réservés. Le Tchad a également enregistré un record avec 34 % de femmes élues lors des législatives de fin 2024.
Les experts s’accordent : les quotas légaux restent le levier le plus efficace, les chambres qui en disposent comptant en moyenne huit points de représentation féminine de plus que les autres.
Les obstacles structurels documentés restent constants d’un pays à l’autre : manque de volonté politique des partis, systèmes électoraux peu favorables, sexisme culturel et religieux ancré, et charge domestique inégalement répartie qui limite la disponibilité des candidates. Au rythme actuel de progression, certaines projections évoquaient un horizon de plusieurs décennies avant d’atteindre la parité complète dans les parlements africains.
Économie : un continent d’entrepreneuses sous-financées
Sur le plan économique, l’Afrique subsaharienne affiche un paradoxe frappant : c’est la région du monde où le taux d’entrepreneuriat féminin est le plus élevé, avec environ 27 % des femmes adultes engagées dans la création ou la gestion d’une entreprise, contre des taux nettement inférieurs ailleurs dans le monde.
Les petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes peuvent générer jusqu’à 30 % du PIB dans certaines régions du continent, selon la Banque africaine de développement (BAD).
Ce dynamisme se heurte cependant à un déficit de financement majeur : la BAD l’estime à 42 milliards de dollars pour l’ensemble des entrepreneures africaines. Dans le secteur technologique, l’écart est encore plus marqué, moins de 3 % des financements en capital-risque sur le continent allant à des start-up fondées exclusivement par des femmes.
Autre indicateur du plafond de verre économique : parmi les travailleurs indépendants africains, 58 % sont des femmes, mais seulement 25 % d’entre elles emploient du personnel — signe que l’entrepreneuriat féminin reste largement cantonné à des activités de subsistance plutôt qu’à des structures en croissance.
Face à ce constat, la BAD a lancé l’initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa), avec l’ambition de mobiliser 5 milliards de dollars d’ici 2026 pour réduire l’écart de financement. Des études antérieures, notamment celle du McKinsey Global Institute, avaient estimé qu’une égalité économique entre femmes et hommes pourrait ajouter plusieurs centaines de milliards de dollars au PIB africain.
Paix et sécurité : 25 ans de résolution 1325, une place toujours marginale
Vingt-cinq ans après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité, la participation féminine aux processus formels de négociation reste marginale. Selon les Nations unies, les femmes ne représentaient encore récemment que 9,6 % des négociatrices et 13,7 % des médiatrices dans les processus de paix à l’échelle mondiale, une proportion que le Conseil de sécurité lui-même reconnaissait stagnante fin 2024.
Le continent a pourtant développé ses propres mécanismes pour renforcer ce rôle, à l’image de FemWise-Africa, le réseau des femmes africaines pour la prévention des conflits et la médiation, adossé au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.
En République démocratique du Congo, des femmes leaders ont publiquement demandé, fin 2025, à être pleinement associées aux processus de paix concernant l’Est du pays, appelant à passer « des discours à l’action ».
Des études régionales, notamment celle lancée à Dakar en juin 2026 sur l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, pointent un écart croissant entre les engagements institutionnels pris au nom de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité et les réalités vécues sur le terrain, en particulier dans les zones de conflit où les femmes assument déjà, de fait, un rôle de médiation communautaire non reconnu institutionnellement.
Eau et assainissement : le thème central de l’édition 2026
Au-delà des enjeux politiques, économiques et sécuritaires, l’édition 2026 met un accent particulier sur l’eau et l’assainissement, retenus par l’Union africaine comme priorité continentale de l’année : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin de réaliser les objectifs de l’Agenda 2063 ».
Dans un communiqué publié le 31 juillet 2026 à l’occasion de cette journée, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, par la voix de sa Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, la Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie, a souligné que l’accès à une eau potable et à des services d’assainissement fiables constitue à la fois une exigence de développement et un droit fondamental, indispensable à la pleine jouissance des droits des femmes.
La Commission rappelle que des millions d’Africains vivent encore sans accès à l’eau potable ni à des services d’assainissement de base, une situation qui touche de façon disproportionnée les femmes et les filles. L’insuffisance des infrastructures d’assainissement les expose à des risques accrus de violences basées sur le genre, fragilise leur santé et leur dignité, freine leur accès à l’éducation et limite leur participation économique.
Le communiqué insiste sur le fait que les femmes, en tant que principales utilisatrices et gestionnaires des ressources hydriques dans de nombreuses communautés, doivent être reconnues non comme de simples bénéficiaires des politiques de l’eau, mais comme dirigeantes et partenaires à part entière de leur conception et de leur mise en œuvre.
Sur le plan juridique, la Commission s’appuie sur le Protocole de Maputo, qui impose aux États parties de garantir l’accès des femmes à une eau potable salubre dans le cadre du droit à la sécurité alimentaire, ainsi que sur les Lignes directrices de la Commission africaine sur le droit à l’eau, qui reconnaissent le lien entre accès à l’eau et réalisation des droits à l’éducation et à la santé, notamment pour la gestion de l’hygiène menstruelle. Ces textes exigent également la participation des femmes et des communautés à toutes les étapes de la planification, de la décision, de la mise en œuvre et du suivi des politiques de l’eau et de l’assainissement une exigence que la Vision africaine de l’eau 2063 reprend en plaçant l’égalité de genre au cœur de la gouvernance hydrique du continent.
La Commission salue à ce titre le rôle déjà joué par de nombreuses femmes africaines militantes de base, organisations communautaires, entrepreneuses et innovatrices qui portent, souvent dans des conditions difficiles et sans reconnaissance suffisante, des solutions locales pour améliorer l’accès à l’eau, l’assainissement et la résilience climatique. Elle appelle enfin les États parties à ratifier et mettre pleinement en œuvre le Protocole de Maputo, à appliquer les Lignes directrices sur le droit à l’eau, et à intégrer la Vision africaine de l’eau 2063 dans leurs législations et programmes nationaux.
Des obstacles structurels communs aux quatre domaines
Au-delà des spécificités propres à chaque domaine politique, économie, paix, eau et assainissement plusieurs obstacles structurels continuent de freiner la pleine participation des femmes à la vie publique du continent.
Les normes sociales et culturelles leur attribuent encore la responsabilité principale des tâches domestiques et des soins, limitant leur disponibilité pour l’engagement public, politique ou entrepreneurial.
Les femmes font également face à un accès inégal au financement et aux garanties, qu’il s’agisse d’obtenir des capitaux pour développer une entreprise, des ressources pour mener une campagne électorale, ou des moyens pour porter des projets locaux d’accès à l’eau.
Elles restent sous-représentées dans les postes de décision les plus stratégiques, étant plus souvent nommées à des ministères à vocation sociale ou liés aux questions de genre qu’à des portefeuilles régaliens tels que la Défense, l’Intérieur ou l’Économie une logique qui se retrouve aussi dans la gouvernance de l’eau, où les femmes sont largement présentes comme utilisatrices mais peu comme décideuses.
Dans de nombreux pays, l’absence ou la faiblesse de mécanismes contraignants, comme les quotas ou les sièges réservés, limite également leur représentation, alors que les données montrent l’efficacité de ces dispositifs lorsqu’ils sont appliqués.
Enfin, en période de crise ou de conflit, les femmes demeurent largement exclues des espaces officiels de décision et de négociation, leur rôle étant le plus souvent cantonné à la médiation informelle et communautaire plutôt qu’aux processus de paix institutionnels.
Ce que retient cette édition 2026
Rwanda en tête des parlements, Bénin et Tchad en exemples de réformes rapides grâce aux quotas : le continent n’est pas en panne de progrès. Mais chaque secteur raconte la même histoire en creux les femmes portent le travail, rarement le pouvoir de décider. Elles créent des entreprises en nombre, sans accéder au capital. Elles gèrent l’eau au quotidien dans leurs communautés, sans siéger dans les instances qui en fixent les règles. Elles négocient déjà la paix sur le terrain, de façon informelle, sans être invitées à la table officielle.
C’est précisément ce constat que reprend, dans son communiqué du 31 juillet, la Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples : les femmes doivent cesser d’être vues comme de simples bénéficiaires des politiques publiques de l’eau comme du reste pour devenir des dirigeantes et des partenaires à part entière de leur conception.
Un an après l’échéance visée par plusieurs des mécanismes cités (AFAWA, quotas électoraux), la question qui se pose pour 2026 n’est plus de savoir si les femmes africaines sont prêtes à décider. C’est de savoir quand on va enfin leur en donner la place.
Source : AA
Communiqué de presse à l’occasion de la « Journée panafricaine de la femme »
31 juillet 2026
À l’occasion de la commémoration de la Journée panafricaine de la femme 2026, placée sous le thème : « Mettre en lumière les femmes qui assurent l’avenir de l’eau en Afrique : promouvoir une gestion durable de l’eau et de l’assainissement pour l’Agenda 2063 », la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission), par l’entremise de la Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, réaffirme son engagement indéfectible en faveur de la promotion des droits des femmes et des filles sur l’ensemble du continent, ainsi que de leur participation effective à la construction d’un avenir durable pour l’Afrique. Ce thème s’inscrit dans la priorité arrêtée par l’Union africaine pour l’année 2026 : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs afin de réaliser les objectifs de l’Agenda 2063 ». Il met en exergue que l’accès à une eau potable et à des services d’assainissement fiables constitue non seulement une exigence incontournable du développement, mais également un droit fondamental et une condition indispensable à la pleine jouissance des droits des femmes.
Des millions d’Africains continuent de vivre sans accès à l’eau potable ni à des services d’assainissement de base, et les femmes et les filles demeurent particulièrement affectées par cette réalité. L’insuffisance des infrastructures d’assainissement expose les femmes et les filles à des risques accrus de violences basées sur le genre, compromet leur santé et leur dignité, entrave leur accès à l’éducation et limite leur participation économique. De même, l’accès insuffisant à l’eau empêche la réalisation d’un large éventail de droits, notamment les droits à la vie, à la dignité, à un environnement satisfaisant, à la santé ainsi qu’au développement économique, social et culturel. Les femmes ne doivent plus continuer à supporter de manière disproportionnée le fardeau d’une gouvernance déficiente de l’eau et des systèmes d’assainissement. En tant qu’utilisatrices, gestionnaires et gardiennes principales des ressources hydriques dans de nombreuses communautés, elles doivent être reconnues non pas seulement comme bénéficiaires des politiques de l’eau et de l’assainissement, mais comme dirigeantes et partenaires à part entière dans leur conception, leur mise en œuvre et leur suivi.
Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique (Protocole de Maputo) impose expressément aux États parties de garantir l’accès des femmes à une eau potable salubre dans le cadre de la réalisation du droit à la sécurité alimentaire, et reconnaît l’interdépendance entre l’accès aux ressources essentielles et la réalisation des droits des femmes à la santé, au logement et aux opportunités économiques. Les Lignes directrices de la Commission africaine sur le droit à l’eau en Afrique reconnaissent que l’eau potable est indispensable à la réalisation des droits à l’éducation et à la santé, notamment par l’accès à l’eau pour la gestion de l’hygiène menstruelle. Le Protocole de Maputo appelle en outre les États parties à donner effet au développement durable en assurant la participation des femmes à tous les niveaux de la conception, de la prise de décision, de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques et programmes de développement. Cette obligation est renforcée par les Lignes directrices sur le droit à l’eau, qui exigent la participation des individus et des communautés à toutes les étapes de la planification, de la prise de décision, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation de la gestion des ressources hydriques ainsi que des politiques et plans relatifs à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène.
Par ailleurs, l’Agenda 2063 de l’Afrique envisage un continent dont le développement est porté par les populations et qui s’appuie sur le potentiel des Africains, en particulier des femmes et des jeunes. Cette vision reconnaît que le développement durable ne saurait être atteint sans la participation et le leadership égal des femmes. La Vision africaine de l’eau 2063 et sa Politique complètent cette ambition en identifiant l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes et des filles comme des éléments centraux pour garantir l’avenir hydrique de l’Afrique. Elles appellent à une gouvernance inclusive, participative et sensible au genre, qui habilite les femmes en tant que gardiennes de la sécurité hydrique et assure leur participation effective aux processus décisionnels.
Partout en Afrique, les femmes démontrent déjà la puissance transformatrice de leur leadership dans la promotion d’une gestion durable de l’eau et de l’assainissement. Des militantes de base et organisations communautaires aux entreprises dirigées par des femmes et aux innovatrices, elles sont à l’avant-garde du développement de solutions adaptées aux contextes locaux pour améliorer l’accès à l’eau, l’assainissement et la résilience climatique. Leur action, souvent menée dans des conditions difficiles et sans reconnaissance suffisante, est essentielle à la réalisation des droits à l’eau, à la santé et à un environnement durable.
En cette Journée panafricaine de la femme, la Commission rend hommage et célèbre ces innombrables femmes dont la détermination, la résilience et la vision contribuent à assurer l’avenir hydrique de l’Afrique.
La Commission africaine appelle en outre les États parties à accorder la priorité à la ratification et à la mise en œuvre intégrale du Protocole de Maputo, à donner effet aux Lignes directrices sur le droit à l’eau, et à intégrer les principes de la Vision africaine de l’eau 2063 et de sa Politique dans les législations, politiques et programmes nationaux relatifs à la gestion des ressources hydriques et aux services d’assainissement. Alors que l’Afrique progresse vers la réalisation des aspirations de l’Agenda 2063, réaffirmons que garantir l’avenir hydrique du continent exige d’assurer la participation égale, le leadership et les droits des femmes à tous les niveaux de la prise de décision.
Hon. Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie, Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, Commission africaine des droits de l’homme et des peuples




