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Lu pour vous : le Président salvadorien Nayib Bukele déploie à Haïti plus de 2000 soldats lourdement armés contre les gangs

Le président salvadorien, Nayib Bukele, a ordonné la semaine dernière le déploiement en Haïti de milliers de soldats lourdement armés qui viennent encore complexifier la difficile situation sécuritaire à laquelle est confronté le petit pays des Caraïbes.

Le dirigeant latino-américain a précisé que le but de l’intervention, autorisée par le gouvernement intérimaire haïtien mercredi, est de retrouver quatre soldats salvadoriens enlevés à la mi-octobre par des gangs en périphérie de Port-au-Prince.

Ces techniciens en aéronautique avaient été déployés précédemment dans le pays avec un contingent d’environ 200 soldats intégrés à la Force de suppression des gangs (FSG), une mission internationale appuyée par le Conseil de sécurité des Nations unies pour tenter de contrer les groupes criminels qui terrorisent la population.

Le Premier ministre haïtien,, Alix Didier Fils-Aimé, effectuant une visite à la base de la Force de suppression des gangs (FSG), le mercredi 13 mai 2026.

Cette force, qui a commencé à être déployée au printemps, compte actuellement 2500 soldats et policiers, un total légèrement supérieur à celui mobilisé au cours des derniers jours par le Salvador.

Jake Johnston, analyste américain rattaché au Center for Economic Policy and Research, a déclaré à l’Agence France-Presse que le nombre de militaires envoyés par Nayib Bukele depuis une semaine ne cadre pas avec l’idée d’une « simple opération de recherche » et pourrait refléter des visées sécuritaires plus ambitieuses.

« On n’envoie pas 2000 soldats quelque part pour trouver quatre personnes », a commenté dans la même veine à La Presse une analyste qui a demandé l’anonymat en raison des difficultés liées à son travail de terrain en Haïti.

Dans un message publié en ligne à l’intention de la population haïtienne, le président Bukele a assuré que l’intervention n’était en rien « une invasion du pays » ou une tentative de faire main basse sur ses ressources.

Des soldats salvadoriens déployées à Haïti.

« Tout ce que nous voulons est que nos techniciens en aéronautique rentrent à la maison. Et nous donnons une leçon aux gangs – ces gangs qui font souffrir les Haïtiens, qui tuent des gens que la population aime, qui les empêchent de vivre une vie normale, libre, dénuée de peur », a-t-il ajouté.

Un modèle critiqué

Dans un autre message directement adressé aux gangs, il les a sommés de libérer les otages dans les plus brefs délais, sans quoi ils s’exposent à une réponse musclée rappelant celle qu’il a utilisée dans son propre pays pour rétablir la sécurité et consolider son emprise sur le pouvoir.

Son approche, évoquée comme un modèle par plusieurs dirigeants sud-américains conservateurs, a été largement critiquée par des organisations de défense des droits de la personne. Elles lui reprochent notamment d’avoir utilisé l’état d’urgence pour mettre en détention sans recours judiciaire des dizaines de milliers de personnes soupçonnées de gangstérisme, y compris des milliers d’innocents, tout en consolidant son emprise sur le pays.

Le Président salvadorien, Nayib Bukele.

Diego Da Rin, analyste à l’International Crisis Group (ICG) qui suit de près la situation en Haïti, a indiqué sur X que les soldats enlevés près de Port-au-Prince ont été attaqués après s’être rendus au marché pour s’approvisionner sans protection adéquate.

Ils se trouvaient, dit-il, dans une zone où opèrent deux gangs, dont un qui a déjà procédé à des enlèvements de ressortissants étrangers par le passé pour obtenir des rançons.

Les gangs, qui contrôlent aujourd’hui près de 90 % de la capitale et sont présents dans au moins cinq des dix départements du pays, ont progressivement étendu leur emprise après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en 2021.

Selon un décompte des Nations unies, plus de 5000 Haïtiens ont été tués l’année dernière et des centaines de milliers de personnes ont dû abandonner leur demeure par crainte pour leur sécurité.

Des membres d’un gang à Haïti.

De multiples forces sur le terrain

Une première force d’intervention pilotée par le Kenya, qui manquait de ressources, a été retirée faute de résultats avant de céder la place à la FSG. Cette dernière dispose d’un mandat élargi qui lui permet de travailler aussi bien avec la police qu’avec l’armée nationale, et d’agir seule au besoin.

Le gouvernement haïtien a fait appel par ailleurs à une firme de sécurité privée américaine chapeautée par Erik Prince, qui avait fondé Blackwater, liée à de nombreux abus durant la guerre en Irak.

Avec l’arrivée des troupes salvadoriennes, plusieurs forces distinctes se retrouvent à opérer sur le terrain sans coordination poussée, prévient Diego Da Rin, qui s’inquiète des risques encourus par la population civile dans un tel contexte.

Des soldats salvadoriens à Haïti.

Nayib Bukele, qui s’est rapproché l’année dernière de l’administration américaine du président Donald Trump en acceptant d’accueillir dans les prisons salvadoriennes des migrants jugés indésirables, a tenu à obtenir l’aval du chef d’État avant de lancer son initiative sur le sol haïtien.

Le député républicain Brian Mast, qui dirige la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants américaine, s’est dit favorable, dans une entrevue au site Axios, au déploiement salvadorien en relevant que les actions de la FSG en Haïti demeurent « trop timides ».

« J’espère que c’est une mission de revanche, de rétribution et de destruction des gangs. Il faut quelqu’un là-bas qui a un motif d’agir et qui est motivé », a-t-il souligné tout en relevant que les États-Unis ne souhaitent pas jouer ce rôle.

Source : La Presse

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